Beat Happening « Black Candy » (1989)

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Dans la noirceur de l’enfance, je ne me souviens plus de la première fois où je l’ai aperçue. Mais je me souviens de notre première vraie rencontre. J’ai bien tenté de tuer ce moment à coups de pelle dans la nuque pour pouvoir ensuite le repeindre en rose. Sans succès.

J’aimais beaucoup me balader sur la 15ème rue. En skate en plastique et en converse en toile, ma trajectoire était toujours la même : le cinéma du samedi après-midi, le parc à glander du dimanche, je connaissais les sons, les gens et les graviers.

Cette fille, elle était nouvelle dans le coin. Je l’avais croisée plusieurs fois avec ses parents dans le quartier. Toujours droite comme les soldats du monument du Capitol, cette petite chose fantomatique rayait à la craie mon esprit de collégien.

A Olympia, les filles étaient toutes les mêmes. Comme les jours. J’avais beau tenter expériences ou révolutions, l’orbite de la norme me rattrapait sans cesse. Je ne voulais pas être dans l’axe et pourtant j’aimais les mêmes choses que mes semblables. Par paresse sans doute, par amour de mon petit monde certainement.

Elle s’appelait Lois, elle était cool. Elle avait une peau de fromage blanc et un tempérament à poser des pièges à tigres à chaque pas. Elle sortait de la mécanique normale des autres filles. Celles qui te hurlent « Termine tes popcorns » quand tu essayes de les embrasser au ciné ou te mouchent d’un « demande au ciel » quand tu les supplies de te faire ton devoir de maths. Elle était bien plus maline que ça.

Son identité d’Alien, je l’ai découverte au fil de l’année, d’abord de loin puis en me rapprochant de ma cible. Jusqu’à cet après-midi de juin.

« Tu veux ma photo? »

« Non. »

« Tu veux quoi alors, tête de bite? »

« Rien. »

« Rien? Ben, t’as pas l’air de ne rien vouloir avec tes regards en coin. »

« Je me demande si…..si tu serais pas fan des Bananarama? »

« Les quoi??? Bananaquoi?Je déteste la pop de toute façon. Et ça a l’air d’en être. »

Mais son regard s’adoucit en moins d’un tour/minute. Elle sourit.

« Tu veux un bonbon? »

Elle tendit son bras et ouvrit la main. La première chose que je vis, c’est son poignet aussi fin qu’une moustache de chat. La deuxième chose, c’était une grappe de bonbons emballés de papier noir avec éclairs rouges.

« Oui, merci ».

Je pris le bonbon le plus éloigné en espérant un faux mouvement de sa part. Mais elle resta immobile et le toucher du céleste dessous de son poignet me passa sous le nez. Je lui rendis son sourire et goba la boule de sucre.

Après avoir vomi toutes mes tripes pendant l’après-midi, pissé des yeux pendant le repas familial et passé la nuit la bouche pleine d’eau fraîche, je pris la décision d’enfin tout lui déballer le lendemain: je lui pardonnais ce bonbon au poivre et je voulais monter un groupe de rock avec elle. Un pied dans la tombe mais super conscient qu’elle serait quelqu’un, Lois. Encore plus dingue que Bananarama.

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